« La persistance voire l’aggravation des inégalités, ce fossé qui se creuse entre les quartiers difficiles et le reste du pays, font mentir le principe d’égalité des chances et menacent de déchirer notre pacte républicain ». Le 17 décembre dernier, le président de la République a prononcé un discours remarquable sur la laïcité, au cours duquel il a placé son action sous la marque de l’égalité. Il a utilisé ce terme à 20 reprises, une première depuis quelques décennies à l’Elysée. « De l’abolition des privilèges, la nuit du 4 août, à celle de l’esclavage le 27 avril 1848, la République a proclamé avec force sa foi dans l’égalité et elle a bataillé sans relâche pour la justice sociale, avec ces conquêtes historiques que sont l’éducation gratuite et obligatoire, le droit de grève, la liberté syndicale, la sécurité sociale », a-t-il encore déclaré. Jacques Chirac ne peut plus reculer : il commettrait une erreur trop grave pour la démocratie en ne conformant pas ses actes à ses paroles.
La parole du chef de l’Etat engage son action et les politiques publiques de la nation dans son ensemble. Compte-tenu de ses déclarations, sauf à considérer qu’elles sont sans valeur hors de l’interdiction de signes religieux à l’école, le président de la République doit s’engager sans tarder dans la mise en œuvre de la politique de l’égalité qu’il appelle de ses vœux. Pour être cohérent avec lui-même et avec les valeurs de la République si bien exprimées, il est urgent qu’il mette fin à la politique de diminution de l’impôt sur le revenu qui relève le niveau de vie des foyers les plus aisés. Il faut aussi qu’il rétablisse l’allocation spécifique de solidarité pour les chômeurs en fin de droit sans condition de durée. En stoppant les diminutions d’impôt, notre pays trouverait les moyens d’accroître le budget des zones d’éducation prioritaires, où sont scolarisés une part importante des jeunes issus de l’immigration ou doubler d’urgence la construction de logements sociaux.
Comme l’a souligné le chef de l’Etat, l’urgence est réelle. Il n’en va pas seulement de la crédibilité de son action et de celle du gouvernement, mais bien, comme il l’affirme lui-même, du pacte républicain dans son ensemble. Et si le sort du premier semble désormais jeté, celui du second importe à tous, au-delà des clivages politiques.