| Taux d’accès direct au spécialiste (hors radiologie et biologie) suivant la catégorie sociale, en % | | Catégorie socioprofessionnelle | Accès direct au spécialiste | | Agriculteur | 20 | | Artisan, commerçant | 31 | | Cadre | 43 | | Profession intermédiaire | 36 | | Employé | 31 | | Ouvrier | 24 | | Source : Insee |
Selon son milieu d’origine, on ne s’adresse pas aux mêmes médecins Ainsi, les ouvriers et les non-diplômés de manière plus générale recourent deux fois moins aux spécialistes qu’aux généralistes. La raison principale est financière, puisque les spécialistes pratiquent des tarifs plus élevés. Le taux de recours à ces derniers varie aussi du simple au double selon que le ménage possède un revenu mensuel inférieur à 564 euros ou supérieur à 1982 euros. Conséquence : les plus modestes bénéficient d’une prévention de moins bonne qualité. Par exemple, les bébés de moins d’un an sont emmenés chez le pédiatre une fois sur trois dans un ménage d’ouvriers contre une fois sur deux chez les cadres. Et seulement 19 % des jeunes femmes de 20 à 39 ans consultent directement un gynécologue chez les ouvrières, contre 31 % chez les cadres.
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| Esperance de vie à 60 ans, en années | | Catégories | Hommes | Femmes | | Cadres, professions libérales | 22,5 | 26 | | Agriculteurs exploitants | 20,5 | 24 | | Professions intermédiaires | 19,5 | 25 | | Artisans, commerçants, chefs d’entreprise | 19,5 | 25 | | Employés | 19 | 24 | | Ouvriers | 17 | 23 | | Ensemble (n’ayant jamais travaillé inclus) | 19 | 23,5 | | Source : COR, Insee |
L’état de santé de la population ne cesse de s’améliorer comme en témoigne la hausse de l’espérance de vie. La mise en place de la couverture maladie universelle est un progrès à destination des plus démunis. L’écart se fait sur les soins les plus coûteux (spécialistes à honoraires libres, prothèses dentaires, etc.).
A 60 ans, tout le monde n’a pas autant à vivre, les perspectives de vie ne sont pas les mêmes. Quand les ouvriers peuvent espérer vivre jusqu’à 77 ans [1], les cadres peuvent compter jusqu’à 82,5 ans. Pour l’instant l’inégalité des sexes joue un rôle plus grand puisque les ouvrières peuvent compter jusqu’à 83 ans.
Ces inégalités débouchent sur de grande disparités en matière de retraites dont les cadres profitent beaucoup plus longtemps, alors même qu’ils ont souvent commencé à travailler plus tard...
[1] L’espérance de vie est le nombre d’années à vivre en moyenne dans les conditions de mortalité du moment.
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| La couverture complémentaire | Catégorie socioprofessionnelle | Contrat collectif d’entreprise | Autre couverture, individuelle ou par conjoint | Pas de contrat | | Ouvriers | 50 | 40 | 10 | | Employés | 49 | 46 | 5 | | Cadres moyens | 65 | 31 | 4 | | Cadres supérieurs | 77 | 18 | 5 | | | | | | | Taille de l’entreprise | | | | | Moins de 20 | 33 | 56 | 11 | | 20 à 99 | 54 | 40 | 6 | | 100 à 499 | 66 | 30 | 4 | | 500 et plus | 80 | 16 | 4 | | Source : Crédoc, 2003 | | | |
La quasi-totalité de la population est affiliée à la Sécurité sociale, qui prend en charge la base des frais de santé. Mais la couverture maladie complémentaire (appelée plus souvent « mutuelle ») est beaucoup plus inégalement répartie. Les données du Crédoc montrent les disparités existant suivant la taille de l’entreprise (11 % de personnes non couvertes dans les plus petites sociétés) et les catégories sociales (un ouvrier sur dix n’a pas de mutuelle).
Parmi ceux qui disposent d’une couverture complémentaire, les inégalités sont fortes entre les contrats des plus grandes sociétés privées ou publiques, qui prennent en charge une partie importante du coût, et les contrats pris à titre individuel, onéreux et qui n’offrent qu’un complément réduit au remboursement de la Sécurité sociale pour les soins les plus coûteux (optique, prothèses dentaires, etc.).
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| Probabilité de se considérer son état de santé comme "bon" ou "très bon" selon la profession, en % | | Profession | Considère son état de santé comme "bon" ou "très bon" | | Cadre | 89,8 | | Profession intermédiaire | 84,8 | | Ouvrier qualifié de l’artisanat | 81,9 | | Employé d’entreprise | 80,6 | | Employé de commerce ou personnel de service | 80,1 | | Ouvrier qualifié de l’industrie | 78,6 | | Ouvrier non qualifié de l’artisanat | 77,3 | | Ouvrier non qualifié de l’industrie | 74 | | Source : Insee |
Êtes-vous en bonne santé ? A cette question qui semble anodine, on ne répond pas de la même façon selon la classe à laquelle on appartient : à âge, sexe et revenu égal, les ouvriers, qualifiés ou non, les employés de commerce et les personnels de service. Il y a par exemple, pour ces derniers, 80 % de chances qu’ils se disent en bonne santé, contre près de 90 % pour les cadres. Autre clivage, encore plus flagrant : les inactifs, qu’ils soient au chômage, femmes au foyer ou retraités, se sentent aussi en moins bonne santé que les actifs. Cette autoévaluation de leur santé, recueillie au cours d’enquête de l’Insee sur les conditions de vie, est bien sûr subjective, mais elle en dit long sur le sentiment de mal-être des plus modestes. Ce n’est pas un hasard : les personnes qui se disent le plus souvent en mauvaise forme sont aussi celles qui ont du mal à payer leurs factures et se disent mal logées. Et ce n’est pas qu’un sentiment : de fait, les chômeurs ont une probabilité de 6,2 % plus élevée qu’un actif occupant un emploi d’avoir une maladie grave. Et à35 ans, l’espérance de vie d’un ouvrier est inférieure de 6,5 ans à un celle d’un cadre. Enfin, les plus modestes recourent moins souvent à un médecin, ou en tout cas, plus tardivement après l’apparition du problème de santé, et ils disposent d’une moins bonne protection sociale.
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Risque de mortalité des inactifs et des personnes au chômage en 1990, comparé au risque des actifs ayant un emploi, sur la période 1990-1995
| | Hommes | Femmes | | Actifs occupés | 1 | 1 | | Inactifs | 5,1 | 2,5 | | Chômeurs | 3,1 | 1,9 | | Source : Insee | | Lecture : entre 1990 et 1995, les hommes de 30 à 64 ans, chômeurs en 1990, ont, à tout âge, une probabilité de décès 3,1 fois plus élevée que les actifs occupés du même âge. |
Lorsqu’un homme devient chômeur, cinq ans après, il a trois fois plus de risques de décéder qu’un homme actif occupé. Les femmes chômeuses, elle n’ont "que" deux fois plus de risques de mourir que les actives occupées. Cela ne signifie pas, heureusement, qu’il existe une mécanique macabre de la perte d’emploi au cercueil ! Deux phénomènes expliquent cette surmortalité. Tout d’abord, il existe davantage de personnes fragiles au chômage (malades, invalides ou handicapées) que dans la population en général. Mais le chômage a aussi une influence sur la santé. Les faibles revenus, l’exclusion sociale, s’ajoutent aux angoisses, à la dépression, et freinent le recours au soin des personnes au chômage, et ce d’autant plus que la période d’inactivité s’allonge. Pour les femmes, les inégalités entre inactives et actives et moins flagrante car on compte, parmi les inactives, beaucoup de femmes au foyer et moins de personnes malades que chez les hommes. En revanche, les femmes modestes, sans diplôme, sans qualification et inactives depuis toujours, ont 2,5 fois plus de risque de décéder que les femmes diplômées et actives.
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| Profession | Personnes allées chez le dentiste durant le mois de l’enquête | | Agriculteurs | 3,3% | | Artisans-commerçants | 4,2% | | Cadres, professions intellectuelles | 7,5% | | Professions intermédiaires | 5,7% | | Employés | 5,1% | | Ouvriers qualifiés | 4,9% | | Ouvriers non qualifiés | 3,9% | | Source : Credes, enquête santé et protection sociale, 2000 |
La proportion de cadres sup qui sont allés chez le dentiste lors de l’enquête du Credes est presque deux fois plus élevée que celle des ouvriers non-qualifiés. Une proportion qui ne s’explique pas par des dents de moins bonne qualité, mais bien par un suivi médical plus régulier. En matière d’accès aux soins dentaires, la première condition est de disposer d’une couverture complémentaire de qualité, or l’inégalité est importante en la matière. En outre, hormis les mutuelles les plus coûteuses, rares sont celles qui remboursent réellement les prothèses (les "couronnes") de bonne qualité.
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| Profession | Victimes de dépression | | Cadres supérieurs et professions intellectuelles supérieures | 10,8% | | Agriculteur s | 11,7% | | Artisans-commerçants | 12,1% | | Professions intermédiaires | 13,7% | | Ouvriers | 14,7% | | Employés | 20,9% | | | | | Actifs | 13,1% | | Chômeurs | 24,2% | | Source : CREDES, données 1996-1997 |
Un quart des chômeurs étaient victimes d’une dépression contre 13 % des actifs, selon une enquête 1996-1997 du Credes : pour partie, cette inégalité reflète la forte marque qu’imprime la perte d’emploi sur la personnalité, notamment pour les personnes les plus fragiles psychologiquement. Contrairement à une idée reçue, la dépression n’est pas une affection de cadres surmenés : elle touche davantage les employés et les ouvriers. Un cinquième des employés étaient victimes d’une dépression lors de l’enquête 1996-1997, contre un peu moins de 11 % des cadres supérieurs. Mais cette différence est en partie due à une inégalité hommes-femmes : la catégorie "employé" est en réalité pour une grande majorité composée de femmes. Reste que le taux est aussi très supérieur chez les ouvriers (14,7 %). Une partie de l’explication peut venir d’une précarité plus grande et de conditions de travail plus difficiles.
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| Surpoids et obésité des adolescents en classe de 3ème, selon la catégorie sociale du père, en % | | CSP du père | Obésité | Surpoids (obésité inclue) | | Cadres | 0,7 | 10,8 | | Artisans, commerçants | 1,4 | 14,1 | | Agriculteurs | 2,6 | 16,5 | | Professions intermédiaires | 2,6 | 15,6 | | Employés | 3,5 | 15,8 | | Ouvriers qualifiés | 4,5 | 16,3 | | Ouvriers non qualifiés | 7,4 | 22,4 | | Source : Etudes et Résultats n° 283, Janvier 2004, DREES. Ministère des affaires sociales. Données pour l’année scolaire 2000-2001 |
L’obésité est dix fois plus fréquente chez les enfants dont le père est ouvrier non-qualifié que chez ceux dont le père est cadre, indiquent les données du ministère des Affaires sociales. Un écart qui traduit des modes de vie (notamment la pratique d’activités sportives ) et d’alimentation différenciés suivant les groupes sociaux. Les politiques de santé ne peuvent se limiter aux soins, mais doivent prendre en charge les questions sociales, et tout particulièrement d’inégalités.
A l’avenir, la progression de l’obésité deviendra de plus en plus un problème majeur de santé publique. Aux Etats-Unis, qui ont dans ce domaine comme dans d’autres une confortable avance sur nous, l’obésité et les problèmes de santé qu’elle crée sont en passe de devenir la première cause de mortalité. Nous sommes encore loin de ces chiffres, mais sur la bonne voie pour rattraper notre retard.
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| Part des personnes handicapées vivant en institution spécialisée (en %) | | Milieu social | % de personnes vivant en institution | | Agriculteurs exploitants | 1,83 | | Artisans, commerçants, chefs d’entreprises | 0,95 | | Cadres et professions intellectuelles supérieures | 0,29 | | Professions intermédiaires | 0,44 | | Employés | 0,99 | | Ouvriers | 1,20 | | Autres inactifs | 14,18 | | Pas répondu ou inconnu | 6,11 | | Ensemble | 1,14 | | Source : Enquête Handicaps-incapacités-dépendance de 1998-1999, Insee. |
Les ouvriers et les agriculteurs handicapés vivent beaucoup plus souvent en institution, comme les foyers pour handicapés ou les institutions psychiatriques, que les cadres ou les professions intermédiaires. De plus, parmi les « autres inactifs », on compte énormément d’enfants (un quart des inactifs vivent dans des foyers pour enfants handicapés), dont beaucoup de fils et filles d’ouvriers.
En clair, les familles modestes ont plus de difficultés à prendre en charge au quotidien leurs enfants et adultes handicapés. Par manque de moyens financiers (pour acheter le matériel adéquat, aménager le logement...), d’information, d’espace dans la maison, de temps aussi parfois, elles ne peuvent pas les garder à leur domicile ou les maintenir dans le milieu « ordinaire ».
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| Les handicaps selon le milieu social, en % | | Milieu social | Déficiences motrices | déficiences intellectuelles et mentales | | Agriculteurs exploitants | 28,21 | 16,77 | | Artisans, commerçants, chefs d’entreprises | 14,35 | 15,39 | | Cadres et professions intellectuelles supérieures | 12,98 | 9,35 | | Professions intermédiaires | 14,07 | 15,59 | | Employés | 15,74 | 14,69 | | Ouvriers | 19,53 | 19,84 | | Autres inactifs | 9,10 | 20,63 | | Pas répondu ou inconnu | 18,74 | 30,34 | | Ensemble | 16,66 | 16,25 | | Source : Enquête Handicaps-incapacités-dépendance de 1998-1999, Insee. |
On compte davantage de personnes handicapées, motrices, intellectuelles ou mentales, parmi les ouvriers (plus de 19 % de handicapés moteurs et cérébraux) que parmi les cadres (13% d’handicapés moteurs, 9,35 % d’handicapés intellectuels et mentaux). On explique encore très mal ces inégalités : en effet, les statistiques sur les personnes handicapées étaient éparses et peu exhaustives jusqu’à cette enquête de l’Insee. Néanmoins, on peut avancer que les ouvriers, du fait d’un accès moindre aux soins, de risques supérieurs d’accidents (du travail, notamment) ou des conditions générales de vie (logement, alimentation) de moindre qualité, souffrent davantage de handicap. Ce qui est certain, c’est que le « handicap social » ne fait qu’aggraver le handicap moteur ou intellectuel : parce qu’ils ont des revenus plus faibles, qu’ils peuvent souvent moins compter sur leur entourage et leurs relations notament, les ouvriers ont davantage de difficultés à surmonter leur handicap et à s’insérer socialement.
(Voir aussi l’article de Pierre Mormiche et Jean-François Ravaud en rubrique « idées »). Lire l’article.
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