Etonnante situation politique où le Président de la République et son ministre de l’Intérieur se battent pour la paternité de la nomination d’un préfet issu immigration. Il y a peu, les étrangers étaient rendus comme responsables de tous nos maux. Si la loi continue à être toujours plus dure concernant l’accueil et le séjour, le renversement idéologique semble réel. Pourtant, on oublie souvent l’essentiel : qui sont les étrangers qui vivent en France ?
Selon l’Insee, on compte en France 3,3 millions d’étrangers, soit 5,6 % de la population totale. Cette population tend plutôt à diminuer : c’est 338 000 de moins qu’en 1999. La fermeture des frontières tari le flux des entrées et certains étrangers retournent dans leur pays d’origine, notamment des générations plus anciennes (portugais, espagnols notamment) au moment de la retraite. Par ailleurs, une partie des étrangers sont devenus français, comme le peuvent, à l’âge de 16 ans les enfants de parents étrangers qui vivent depuis cinq ans. Les immigrés sont 4,3 millions (7,4 % de la population, une proportion stable). Tous les immigrés ne sont pas des étrangers : être immigré signifie être né étranger, à l’étranger. Un tiers sont français.
Ces concepts n’ont qu’une portée limitée en matière de discrimination. La nationalité joue puisqu’on estime qu’entre 6 et 7 millions d’emploi sont interdits aux étrangers, dont 1,2 million dans le secteur privé . Pratiquement un tiers des postes de travail, mais aucun projet de loi n’est prévu pour lever cet obstacle à l’intégration. Mais elle n’explique pas tout : le jeune Yazid dont les parents sont déjà Français ou Sophie dont les parents sont martiniquais auront davantage l’occasion de subir des discriminations que Lucas, qui venant de Belgique cherche du travail dans le Nord.
Qui sont les personnes les plus susceptibles de rencontrer des discriminations ? La France, sur la base de l’égalité juridique entre tous les citoyens, refuse d’étudier en détail l’origine culturelle ou ethnique de sa population. On sait malgré tout que parmi les 4,3 millions d’immigrés, 1,7 millions sont nés en Afrique et 543 000 en Asie, soit au total 2,2 millions de personnes, le plus souvent « visiblement » étrangères. Il faudrait y ajouter les jeunes de seconde ou troisième génération, qui ne sont ni étrangers ni immigrés, ainsi qu’une partie de ceux issus des Dom-Tom pour qui la couleur de peau demeure parfois un handicap dans la vie.
Les personnes « marquées », pour une raison ou une autre (la couleur de peau, le patronyme, la maîtrise de la langue, etc.), en subissent les conséquences, en particulier sur le marché du travail. Les employeurs ne sont pas massivement racistes : l’essentiel du handicap vient du fait que les étrangers ont, en moyenne, des niveaux de formation inférieurs parce qu’ils sont issus de catégories populaires ou arrivés récemment et peu formés. La lutte contre les discriminations est d’abord une lutte contre les inégalités scolaires ou de formation professionnelle. Reste une part non expliquée.
En 1999, le taux de chômage atteignait 11,8 % chez les Français nés en France, 25 % pour l’ensemble des étrangers, 29 % des vietnamiens, laotiens et cambodgiens et 35 % pour ceux issus du Maghreb ou de Turquie. L’écart de niveau de qualification ne peut expliquer la situation particulièrement grave des jeunes adultes. Le taux grimpait à 40 % pour les jeunes algériens de 30-35 ans 47 % pour les jeunes femmes. Il était de 12 % pour les Français nés en France.